Quand Lulu prend son envol !

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Lulu-Gainsbourg

Le fils de Serge Gainsbourg prépare son nouvel album et se produit sur la scène du Café de la Danse, à Paris.

Il est midi à New York lorsque l’on appelle Lulu Gainsbourg. C’est làbas qu’il travaille son nouvel album, en studio, entouré des gens en qui il a le plus confiance : son meilleur ami et sa compagne, Aurélie Bossu, dite Lilou, qui le rejoindra quelques jours après notre entretien. Au bout du fil, le phrasé de Lulu Gainsbourg est lent, ponctué de pauses, de silences pudiques. Et l’on imagine volontiers (à tort ?) le garçon entouré de volutes de fumée de cigarettes. Le musicien est le fils de Serge Gainsbourg, né de sa relation avec Bambou et l’on devine dans l’intonation et la chaleur de la voix la présence de son père. Il n’avait que cinq ans lorsque l’homme à la tête de chou a quitté ce monde et pourtant, l’héritage semble intact. Comme s’il était impossible d’échapper à son destin, Lulu est devenu musicien et, depuis peu, interprète assumé de textes écrits en français par la femme qui partage sa vie. Du clan Gainsbourg -il serait proche de Charlotte Gainsbourg, lit-on-, il est le plus discret, pétri d’une timidité qu’il exploite pour ses compositions et qui le préserve d’une célébrité qui aurait pu être étouffante.

Lulu-Gainsbourg-portrait
@IMG TALENTS

L’enfance

« Je n’ai pas énormément de souvenirs de mon enfance, commence Lulu Gainsbourg. J’adore discuter de cette période avec ma mère. Elle m’a toujours dit que j’étais calme les premières années et puis après, comme tous les gamins, j’ai testé, cherché les limites. »

Les images qui lui restent du paternel sont peu nombreuses, mais teintées de joie : « Je me souviens qu’il me jouait des mélodies au piano, Tex Avery ou Popeye… Je me revois aller chez lui le week-end, il me faisait à manger dans la cuisine et me montrait les tous premiers Disney sur un projecteur dans sa chambre. C’était toujours la magie, les vacances avec lui. »

À l’âge de deux ans, son père le fait monter sur scène lors d’un de ses concerts, mais le jeune homme n’attrape pas pour autant le virus de la lumière. Bien au contraire, après le disparition de Serge, Bambou met un point d’honneur à éloigner son fils des projecteurs : « À cinq ans, je n’avais pas conscience de ce que c’était de perdre son papa, et quand c’est Serge Gainsbourg en plus… Ma mère m’a énormément protégé. »

Si la célébrité n’est pas au programme, l’apprentissage de la musique, lui, est un passage obligé. Ordre du père. « Il voulait que je fasse du piano dès petit, il m’a offert un piano quand j’avais un an. Ma mère a respecté sa volonté et c’est devenu tout de suite un jeu pour moi. En grandissant, je suis devenu perfectionniste, et quand je me trompais, je faisais des crises terribles. Je ne supportais pas l’échec. Mais grâce à la persévérance de ma mère, j’ai continué. »

« À l’école, je marchais à l’affect.
Si j’aimais le prof c’était facile,
mais sinon je ne faisais pas d’efforts »

Le poids de l’héritage

Longtemps, Lulu s’est battu contre l’idée de devenir lui aussi chanteur, préférant rêver d’une carrière de compositeur de musiques de films. Il intègre la prestigieuse université de Berklee à Boston en 2007 et en sort diplômé quatre ans plus tard. Il perfectionne son piano, touche un peu à la guitare, à la batterie, et développe des techniques de composition. Lulu doit se rendre à l’évidence, il suivra les pas de son père : « J’ai su tard que je voulais en faire un métier, j’ai eu du mal à me l’avouer. Je voulais faire quelque chose de différent de lui. Et puis le premier album est arrivé, je pensais que ce serait le seul, un cadeau pour mon père. Et finalement, j’ai signé pour trois albums avec Universal. »

Ce premier album hommage, From Gainsbourg to Lulu, paraît en 2011 et se compose de reprises des grands titres de Serge Gainsbourg, en duo avec des noms aussi prestigieux que Scarlett Johansson, Matthieu Chedid ou Mélanie Thierry. Vanessa Paradis, Johnny Depp, Marianne Faithfull ou Rufus Wainwright complètent le tableau de chasse du jeune homme sur ce premier opus. Lulu Gainsbourg a grandi entouré de tout ce beau monde, peu conscient de leur immense célébrité, mais saisissant l’opportunité : « Je me suis rendu compte au fil du temps qu’ils étaient connus, ça m’était égal. En revanche, dans mon travail, ça m’a permis d’avancer plus vite sur certaines choses. »

Si la composition et le travail en studio sont une évidence, le chant et surtout la scène ont longtemps été une épreuve : « Je ne me considérais pas comme un interprète, j’avais une peur bleue sur scène. Et j’avais peur de chanter en français parce que c’était beaucoup de pression sur les épaules, cette comparaison inévitable avec mon père. Et puis tout ça s’est débloqué avec le temps, sans pouvoir l’expliquer. Un déclic sûrement. »

Lulu-Gainsbourg-2

Lui qui pensait ne faire qu’un seul album en sort finalement deux autres : Lady Luck et T’es qui là. S’il n’est toujours pas à l’aise avec l’écriture, il a trouvé sa parolière en la personne de Lilou, et laisse libre cours à ses émotions pour composer : « L’inspiration dépend de nombreux détails. Le lieu, l’entourage, la météo aussi et les émotions surtout. Je suis très émotif, l’inspiration vient de là. En ce moment, je suis heureux, donc constamment en train de créer. »

Depuis quelques temps, Lulu et sa compagne ont élu domicile à Amsterdam, mais c’est au Café de la Danse, à Paris, que le chanteur se produit pour une série de concerts jusqu’en mars. La scène, terrifiante hier, est devenue un véritable terrain de jeu : « Là je prends du plaisir, je partage avec le public. Le Café de la Danse est assez intimiste, c’est parfait. »

Lulu Gainsbourg, toujours aussi timide, est loin d’être grisé par l’idée d’une notoriété croissante : « Si on vient me voir, il n’y a aucun souci, mais j’ai tendance à être dans mon coin, en petit comité. S’il y a trop de monde, c’est stressant. »

En attendant les prochains concerts, Lulu est à l’aise dans son univers, son studio, et travaille à ses futurs projets, notamment une collaboration avec un ami pour une musique de film. Enfin, Lulu Gainsbourg réalise ses rêves.

« Je crois qu’il faut se montrer et s’exprimer quand on a vraiment des choses à dire »