Anne Solenne Hatte en quête identitaire

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Anne-Solenne-Hatte

Actrice, journaliste, réalisatrice… Anne-Solenne Hatte s’essaie à tout pour mieux se trouver. La jeune femme, riche de sa double culture, réalise un documentaire sur la vie de ses grands-parents, et donc sur sa propre histoire.

L e sens de l’image, elle connaît très bien. Anne-Solenne Hatte, jolie brune aux origines vietnamiennes, a été tour à tour mannequin, présentatrice et comédienne.

Celle qui ne veut pas être rangée dans une catégorie aime brouiller les pistes et s’échapper des clichés dans lesquelles sa double culture l’enferme souvent au cinéma. Elle a su séduire Hollywood dès ses débuts en tournant aux côtés de George Clooney et Brad Pitt dans Ocean’s Twelve, et dans Lock Out, produit par Luc Besson. Mais c’est un projet plus personnel qui occupe son temps et ses pensées en ce moment, puisqu’Anne-Solenne Hatte travaille sur un documentaire qu’elle écrit et réalise sur l’histoire de ses grands-parents au Vietnam. Un mélange d’enquête journalistique et de quête identitaire. Décidément, l’actrice n’est jamais là où on l’attend.

À quoi ressemblait votre enfance ?

J’ai beaucoup voyagé, ma famille a déménagé une trentaine de fois. Je suis née en Normandie puis j’ai grandi à Paris. J’ai des origines vietnamienne par ma maman. Je me sens enrichie de ce métissage, de cette double culture. Ça m’a apporté une capacité d’adaptation immense et en même temps, le manque d’attaches peut être difficile.

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir comédienne ?

J’ai toujours eu une attirance pour le cinéma, depuis toute petite. Je me souviens notamment que Romeo et Juliette de Franco Zeffirelli m’avait bouleversée. Je savais que je voulais faire un métier public qui permette de délivrer des messages, comme mes grands-parents qui faisaient de la politique.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Être comédienne demande du courage : on doit embrasser ses faiblesses et en même temps les laisser de côté. Ce qui est merveilleux, c’est la pureté et la grâce des émotions, les multiples possibilités de s’exprimer. C’est un art noble et difficile. Le cinéma est un lieu d’émotions, mais il faut à la fois être maître de soi-même et trouver un lâcher-prise. Avant, j’étais dans la recherche de l’émotion, mais je me suis rendue compte que c’est au-delà de ça. Il faut savoir se mettre au service d’un metteur en scène et d’un texte. Ce sont les rencontres qui sont belles dans le cinéma.

« Mon métissage me permet de tout jouer, malheureusement ce sont souvent des clichés je l’ai senti dans ma peau »

Vous avez mené en parallèle une carrière de présentatrice télé, pour le JT décalé sur iTélé (actuellement CNews, ndlr). Pourquoi avoir choisi cette double voie ?

Je me suis toujours sentie décalée. En France, je suis vue comme une Vietnamienne, et au Vietnam comme une Française. Quand j’étais étudiante, j’étais aussi mannequin, quand j’étais journaliste, j’étais aussi comédienne… Je suis partie aux États-Unis parce que les rôles en France étaient souvent trop réducteurs, mais là-bas j’étais vue comme la petite Française. Ma place finalement, c’est celle du milieu.

Au-delà de la concurrence, qu’est-ce qui est le plus difficile dans le métier d’actrice ?

La concurrence, je ne l’ai jamais vraiment ressentie. En revanche, longtemps, j’ai voulu exister dans le désir de l’autre alors que je ne savais pas moi-même qui j’étais. En étant métisse, c’est difficile de trouver un équilibre entre ses deux cultures. Le documentaire que je prépare me permet de réfléchir à tout cela.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce documentaire ?

Dans les familles vietnamiennes, on parle peu du passé. J’évoque l’exil de mes grands-parents et la cuisine de ma grand-mère. Au-delà de l’amour qu’elle transmet dans ses plats, c’est par ce biais-là qu’elle nous parle de son passé, et donc de mon histoire. Je prépare d’ailleurs aussi un livre de recettes avec elle, qui sera publié aux Éditions Alain Ducasse.

Revenons au cinéma. Vous avez tourné dans Ocean’s Twelve en 2012, comment vous êtes-vous retrouvée sur ce film et quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?

Quand j’ai passé le casting, j’étais encore étudiante, j’étais malade et mal sapée… La directrice de casting nous a fait entrer six par six et face caméra, on devait faire semblant de se moquer de Naomi Campbell. J’ai fait n’importe quoi et elle m’a dit que c’était super ! Je me suis retrouvée à Milan, dans un camion de maquillage, habillée par la styliste du Parrain et j’ai entendu : « Hi, I’m George » (Clooney, ndlr). J’ai été très bien reçue, ils traitaient tout le monde au même niveau. Vincent Cassel était adorable avec moi. C’était surréaliste et en même temps, je me suis dit que tout était possible.

Anne-solenne-Hatte-interview

Quelles différences observez-vous entre le travail en France et aux États-Unis ?

J’ai pris des cours chez Jean-Laurent Cochet. Avec lui, c’est par le texte qu’on trouve l’émotion. Aux États-Unis, c’est par le corps. Toutes ces méthodes sont opposées.

Je pense qu’il faut suivre ce qu’on a envie de faire au moment présent. Quand je choisis un film, je veux qu’il y ait au moins une composante qui me parle, que ce soit le texte, le réalisateur, le personnage… Il n’y a pas de stratégie.

Parlez-moi de votre prochain film, Girls With Balls, d’Olivier Afonso. Quel sera votre rôle ?

Ça parle d’une équipe de volley dont je joue la capitaine. On part en road trip et dans un village, on tombe sur des mecs qui veulent nous tuer. Le personnage est très premier degré mais une autre lecture est possible. C’est barré, déjanté. J’aime que ce soit un film audacieux, féminin. Une vraie comédie de genre.

STYLISTE : FANÉLIE PATRAS – PHOTO : SYLVIE CASTIONI POUR APOLLE MAGAZINE
GROOMING : STÉPHANE DUSSART – ANNE SOLENNE HATTE @GENESE TALENTS