Augustin Raguenet, à l’état brut.

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De son enfance faite de déménagements et de changements, Augustin Raguenet a hérité un goût pour le jeu et une sacrée bougeotte. Bientôt à l’affiche de Jessica Forever, il rêve de nouveaux challenges.

Au téléphone, Augustin Raguenet est poli, pudique, « timide », nous dit-il. À 24 ans, le jeune homme, né à Paris, n’a jamais vécu plus d’un an au même endroit. Il a passé son enfance en Guadeloupe – d’où sa maman est originaire et où une partie de sa famille vit encore –, puis à Angers, le Mans, Rennes et enfin Paris. L’enfant « plutôt pas tranquille » écume les pensions et lâche ses études une fois le brevet en poche. Sa belle gueule lui permet d’obtenir des petits boulots en tant que mannequin, et surtout de se faire repérer par un agent. « À l’époque c’était cool comme proposition, de faire du cinéma », se souvient celui qui n’avait pas mis « acteur » sur sa liste de jobs potentiels. Cool et surtout déterminant pour la suite.

Quelle a été votre première émotion de cinéma ?

J’ai toujours regardé beaucoup de films. J’adore Belly, avec les rappeurs DMX et Nas. L’esthétique m’a marqué, surtout cette scène où ils entrent dans un club. L’ambiance est très ghetto, très sombre, avec une petite musique douce, presque du classique.

Pourtant vous ne vous imaginiez pas comédien…

J’étais timide, donc j’étais loin de penser que je ferais ça. J’étais davantage attiré par l’image, la réalisation.

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Qu’est-ce qui vous plaît aujourd’hui dans ce métier ?

Petit, je changeais tous les ans de lieu de vie, d’école, de ville…. Résultat, je prends ce qu’il y a à prendre, je n’ai pas vraiment d’attaches. C’est ce qui me plaît dans la vie d’un comédien : les nouveaux projets, les lieux de tournage différents. Ma hantise c’est d’avoir un boulot de bureau avec des horaires fixes. Me dire que je vais rester dix ans au même endroit me file des boutons. Quand j’arrivais dans un nouvel endroit quand j’étais enfant, je pouvais tout recommencer à zéro, me réinventer complètement. Je fais un lien avec le métier d’acteur, c’est de là que me vient le goût du jeu.

Votre première expérience face caméra, c’était dans le film Patries de Cheyenne Carron. Vous souvenez-vous de ce que vous avez ressenti ?

J’étais stressé, mais c’était un bon stress. Ça me plaisait d’avoir été choisi, qu’on m’ait fait confiance. Au début , je ne me sentais pas légitime. L’autre acteur avait déjà beaucoup tourné, il faisait du théâtre… Moi j’étais silencieux, j’observais, j’essayais de ne pas faire de vagues. J’étais dans l’apprentissage. Le tournage a duré un mois et demi, le plaisir est venu petit à petit.

Comment surmonte-t-on sa timidité quand on fait un métier d’image ?

Ma timidité me fait aussi avancer. C’est un moteur pour me dépasser, pour faire des choses qui étaient insurmontables mais deviennent finalement agréables. Avant j’étais timide en casting, mais après en avoir fait dix, on est plus détendu. Et puis la timidité dans le jeu c’est horrible, c’est gênant, il faut s’en débarrasser.

Comment préparez-vous un rôle ?

Je n’ai pas encore interprété des rôles loin de moi, jusqu’à maintenant je savais ce qu’on attendait de moi. Je n’ai pas de technique véritablement. Je travaille en répétition, je suis attentif à ce que disent les réalisateurs, j’observe. On me range facilement dans une case, avec mon crâne rasé et mes cicatrices partout… On ne me propose pas le rôle du mec fragile. Alors que je rêverais de jouer un personnage loin de moi, pour me forcer à explorer de nouvelles choses.

Vous serez bientôt à l’affiche de Jessica Forever, pouvez-vous nous parler du film ?

Ça parle d’un groupe de mecs anéanti par leur passé et les atrocités qu’ils ont commises. Ils luttent pour vivre dans le monde actuel, ils sont déconnectés de la société. Ils ont été recueillis par Jessica, qui a le pouvoir de les calmer. Mon personnage est le plus froid de la bande, il est dans le groupe et en même temps en-dehors. Il a des accès de violence incontrôlés. On a tourné à Toulouse et en Corse dans une super ambiance, tout le monde est devenu potes. Le film ne s’arrêtait jamais, on était la même bande pendant et après les scènes. Je n’ai pas de bande de potes dans la vie, les gars me manquaient après le tournage.

Quels sont vos autres projets ?

J’ai été pris sur un court-métrage que je vais tourner fin novembre dans le Sahara. Là, le personnage est un peu plus loin de moi : grande gueule, speed, qui fait marrer ses potes. Et puis j’aimerais me mettre à la réalisation un jour. Je n’ai jamais réussi à écrire quelque chose de construit, j’ai plutôt des idées visuelles. Il faudrait que je fasse des clips peut-être !

Jessica Forever, de Jonathan Vinel et Caroline Poggi, en salles le 1er mai 2019.

STYLISTE : FANÉLIE PATRAS – PHOTO : SYLVIE CASTIONI POUR APOLLE MAGAZINEGROOMING STÉPHANE DUSSART – AUGUSTIN RAGUENET@ GENESE TALENT