Amel Bent, plus vivante que jamais

Amel Bent est de la veine des Mariah Carey ou des Whitney Houston, de ces chanteuses dont la voix enchanteresse nous enveloppe dès qu’on l’entend. Elle fait partie du paysage musical français depuis près de 18 ans et n’a cessé de se renouveler, entre collaborations artistiques, engagement, The Voice et bientôt un premier grand rôle au cinéma. Amel Bent, petit bout de femme au grand cœur est partout, même là où on ne l’attend pas, parce qu’elle est vivante et vraie.

Pull en maille et tee-shirt col rond : BARBARA BUI – Jean loose : LEVI’S – Sac et mules : SEE BY CHLOE – Boucles d’oreille plaquées or : ANNELISE MICHELSON.

Ton duo avec Imen E.S. « Jusqu’au bout » est actuellement la chanson française la plus diffusée en radio. Est-ce que tu peux nous raconter l’histoire de cette chanson ? 

De base, quand on est rentrés en studio avec Vitaa, John Mamann, Renaud Rebillaud pour entamer la création de ce septième album, on ne savait pas très exactement sur quoi on voulait aller. Renaud a commencé à entonner des petits accords de guitare et là, Vitaa m’a demandé « Qu’est-ce que tu ressens ? ». Il y a un mot qui est très important pour moi, que j’aimerais vraiment qu’on entende dans cette chanson, c’est vivante. Ce mot a beaucoup de signification pour moi et je voulais vraiment qu’il existe dans cette chanson, qui n’était au départ pas un duo. Et c’est vrai que quand on l’a terminée, on s’est dit « Purée, il manque quand même un truc », et en fait il manquait Imen ! (rires) 

Comment définirais-tu ta musique ?

Pour moi, chaque chanson, c’est une feuille blanche et jamais je me dis « il faut que je colle à un univers particulier ». Il y a toutes mes influences dans mes chansons, je suis vivante, donc ça bouge. Je ne cherche pas à défendre un courant musical particulier parce que moi, je suis vraiment une enfant des années 80 où ça a été un grand mélange : l’avènement du rap, les grandes voix féminines, Mariah, Whitney, la New Jack, le RnB américain… Et à la fois, j’étais fan des Red Hot Chili Peppers, je ne veux pas choisir en fait, je veux pouvoir retrouver dans ma musique tout ce qui me fait vibrer. J’essaie de me balader comme ça, alors des fois, ça énerve, ça déroute. Mais le principal, c’est que moi, ça puisse me garder en vie dans mon âme de chanteuse.

Tu es amie avec Vitaa et dans une récente interview, tu disais que ce qui était intéressant dans le duo Slimane et Vitaa, c’était justement de pouvoir mixer deux univers et que c’était rare, de pouvoir faire se rencontrer des tendances musicales…

Il y a plus de 10 ans, il y eu Pasi/Calogero, puis bien après Gims /Vianney, et enfin Vitaa/Slimane. Je trouve que c’est de bons exemples qui nous prouvent à tous les artistes qu’on ferait mieux de se mélanger, ils nous prouvent par A+B – pour le coup par V+S – qu’on peut collaborer ensemble même si, sur le papier, on n’a pas le même univers, pas le même timbre de voix. Ça fait avancer les mentalités. Aux États-Unis, ça existe depuis toujours, on mélange des générations. Je me rappelle Rihanna quand elle arrive avec Fall Out Boy, ou Jay Z avec Linkin Park. Alors je me dis pourquoi pas un Lomepal/Pascal Obispo ? Un Angèle/Marc Lavoine ? Il y a des trucs qui pourraient marcher de folie. Mais on a ce côté un peu « date de péremption », j’ai l’impression qu’on ne peut pas continuer d’être dans le coup après 15, 20, 30, 40 ans de carrière, c’est toujours un peu « laissez la place aux jeunes ! », ça manque de partage entre les générations.

Manteau en laine et cachemire, pantalon battle fluide et baskets en cuir : BARBARA BUI – T-shirt en maille GARCONS INFIDELES – Collier et manchette plaqués or : ANNE LISE MICHELSON.

Tu aimes bien travailler avec ton cercle amical…
C’est pas ça, c’est que la musique, pour moi, finalement, c’est qu’une histoire de rencontres. Je suis quelqu’un de très terre-à-terre et franchement, je fréquente tellement de gens qui vivent dans une misère sociale ou une misère humaine, ou tout simplement qui ne font pas ce qu’ils aiment ou qui sont seuls. J’ai une joie de vivre parce que chanter c’est ce que j’ai toujours voulu faire, ça fait 18 ans que je le fais et je ne m’en lasse pas. Quand je vais travailler dans mon univers musical, je veux passer du bon temps, je veux être dans l’échange, dans le rire, dans la légèreté parce que la vie, elle est cruelle. Il suffit de marcher dans les rues pour comprendre à quel point quand on fait ce genre de métier, on est chanceux. 

Qu’est ce qui te plait dans le rôle de coach pour The Voice et The Voice Kids ? 

Il faut savoir que je ne voulais absolument pas faire The Voice déjà de base. Parce que mis à part la Nouvelle Star, j’ai un peu souffert de ce monde des castings que je trouvais assez dur. Ce n’est pas un exercice qui me donnait envie et c’est vrai que j’ai été séduite par The Voice parce que déjà, j’aime ce côté vraiment multi-culturel des candidats. Entre Slimane, Kendji, Louane, Amir, Claudio Capeo, je trouve que les talents qui sortent de cette émission apportent quelque chose de nouveau au paysage musical. Et j’aime bien l’idée d’être une accompagnatrice dans cette aventure, donc moi mon but, et c’est vraiment le mot d’ordre pour toute la « The Voice Family », c’est de faire en sorte que l’expérience soit la plus douce pour les talents, les petits comme les grands. 

Tu as passé tes vacances d’été sur la Côte d’Azur avec tes filles, tu fais partie des artistes qui sont partis en France…

Je suis très pour le Made in France, j’essaie de vraiment « soutenir le Français », dans tout. En fait, ça a commencé quand j’étais enceinte de ma grande où déjà j’ai un peu peur de l’avion et je me disais quand même ce serait cool de pouvoir découvrir un petit peu le pays. Parce que c’est vrai que moi, je le fais le tour de France depuis 18 ans grâce aux tournées mais je suis toujours un peu frustrée de ne voir que les parkings ou les zones industrielles. Quand on a un jour off, je vais me balader dans des rues, dans des villages improbables où vraiment il fait bon vivre. Et c’est un truc que je fais avec mes filles maintenant. J’adore toute la région de Montpellier, l’Hérault. Et j’aimerais visiter aussi la côte Ouest l’année prochaine, aller voir la dune du Pilat en vrai. A chaque fois que je vois les photos, je me dis qu’il faut vraiment que j’y aille. 

Manteau en laine et cachemire, pantalon battle fluide et baskets en cuir : BARBARA BUI – T-shirt en maille GARCONS INFIDELES – Collier et manchette plaqués or : ANNE LISE MICHELSON.

Comment tu l’as vécu ce confinement ? 

Ça peut paraître un peu étrange pour plein de gens qui ont beaucoup souffert, mais moi, je l’ai bien vécu. Dans un premier temps parce que je n’ai pas été touchée, ni de près ni de loin par le virus. Et la deuxième raison, c’est que j’ai un métier qui demande de beaucoup voyager, de partir sur les routes et le confinement, ça a été un vrai moment de recueillement en famille où j’ai pu profiter de mes filles pendant trois mois. On a tenté avec mon mari de le vivre comme une pause, un moyen de pouvoir retrouver nos enfants, se retrouver tous les deux, profiter et cocooner. 

Tu as d’ailleurs perdu 7 kilos pendant le confinement, avec le temps, tu as appris à aimer ton corps ?

Ce n’est pas avec le temps. Déjà mon corps, je ne l’aime toujours pas des masses à vrai dire, mais disons que d’avoir épousé un homme qui me regarde avec des yeux pleins d’amour, d’avoir deux petites filles qui me disent tous les matins « Maman, t’es la plus belle des mamans », ça peut aider. Peut-être que le regard que j’ai sur moi n’est pas forcément lié à mon physique. 

Je me suis toujours intéressée à la mode, mais plutôt de manière instinctive.

Tu es une femme très engagée : tu as soutenu des associations telles que Toutes à l’école, Les Orphelins de Makala, Always Unesco pour l’alphabétisation, Urgence homophobie… Et là, tu participes le 6 octobre à la soirée Psychodon à l’Olympia…

Je pars du principe qu’il n’y a pas de causes à défendre plus que d’autres et dès que j’ai l’occasion et le temps, je bloque au planning. Psychodon, c’est pour les maladies psychiques, j’ai beaucoup de gens autour de moi qui sont concernés. Notamment les gens qui souffrent de dépression parce que ce sont des maux terribles mais c’est très difficile à comprendre parce que ce n’est pas visible. Tout ce domaine de la psychologie, de l’invisible est pour moi un mal qui deviendra un vrai fléau, sûrement le prochain de l’humanité, à cause de cette société qui part en vrille et de tous les problèmes auxquels on fait face aujourd’hui, tous autant qu’on est. 

Tu as toujours été sensible à ça, c’est pour ça que tu voulais faire des études de psycho ?

Moi, je voulais traiter la psychopathie et la sociopathie, c’est plutôt ce terrain-là dans la psychologie qui m’intéresse, c’est plutôt l’aspect du comportement criminel. Mais on en revient toujours à la même chose de toutes façons, il y a de plus en plus de psychopathes et de sociopathes dans nos sociétés. Pourquoi ? Parce que parce que c’est un monde qui crée des monstres. Et si on ne les prend pas très tôt en charge, on court à notre perte.

Tu fais partie de la troupe des Enfoirés depuis 2016. Comment tu as décidé de t’engager pour les Restos du Cœur ? 

J’avoue qu’il y a des chemins qui sont plus ou moins évidents. Ce n’est pas moi qui ai demandé à y être, mais quand on me l’a proposé, j’étais très heureuse de pouvoir à mon tour rendre. C’est con, je pense que tous les artistes doivent dire la même chose, mais moi, j’ai grandi dans une famille très modeste. Je sais ce que c’est que de manquer donc je suis très sensible à la précarité des gens, des familles, des enfants, ça me touche énormément. Et de me dire qu’aujourd’hui, je peux participer en tout cas à cet élan de solidarité en chantant, en me déguisant, en donnant de mon temps pendant 10 jours dans l’année.

Est-ce que tu te considères comme féministe ?

D’une manière générale, moi, je suis quelqu’un qui prône vraiment la liberté d’être, tout simplement. Alors est-ce que en tant qu’artiste, ça m’oblige à prendre la parole sur tout et n’importe quoi ? Je ne fais pas de prosélytisme, je ne représente aucune communauté particulière. Je me sens évidemment très femme, mais pas plus féministe que n’importe quelle personne qui, par définition, défendrait l’égalité avec un grand E. J’essaie d’être plus humaniste qu’autre chose et pour moi, ça englobe d’essayer de combattre toutes les injustices, quelles qu’elles soient.

PHOTO EXCLUSIVE WEB
Chemisier : SANDRO – Pantalon à pinces : BARBARA BUI – Collier plaqué or : ANNELISE MICHELSON – Ceinture cuir : ANTHOLOGY PARIS.

En 2019, tu as participé à une série sur Canal+ qui s’appelle King, moi, si j’étais un homme, qu’est-ce que c’est d’être un homme ?

Ca a été une expérience plus ludique qu’autre chose et c’était trop court pour que pour qu’on puisse en tirer de vraies grandes conclusions. Mais j’ai trouvé ça très intéressant, c’était super cool de pouvoir me mettre dans la peau d’un homme. Et je crois sincèrement qu’on n’est pas vraiment fait pour s’entendre, mais qu’on peut cohabiter dans le respect et dans la compréhension de l’autre.

On va faire une petite parenthèse sur Charles Aznavour. Charles Aznavour, c’est un père spirituel, quelqu’un qui a beaucoup compté pour toi. Et j’ai lu que votre première rencontre, c’était à l’Élysée…

Oh mon Dieu ! Alors j’étais invitée ce jour-là pour venir discuter et débattre des droits des artistes, à l’époque où Internet commençait à faire un peu de mal à l’industrie du disque. Je me rappelle mon manager de l’époque, qui savait que j’étais absolument folle de lui, m’a dit « Retourne toi, il y a une grosse surprise ». Et là, je le reconnais, de dos, et je m’enfuis en courant. Par contre, quand j’ai dû prendre la parole justement devant les élus pour parler des droits des artistes, etc. je n’ai absolument pas parlé du sujet, je n’ai parlé que de lui, j’ai été subjuguée !

Parlons de ta carrière d’actrice. Tu viens de terminer le tournage d’un téléfilm qui s’appelle Les sandales blanches. De quoi ça traite ?

Avec Les sandales blanches, on m’a offert un premier rôle, un parcours de vie dingue qui est celui de Malika Bellaribi, la première cantatrice maghrébine en France. Elle a eu une histoire incroyable, elle a été percutée par un camion quand elle était toute petite, elle a perdu l’usage de ses jambes. C’est un combat de femme, un combat d’artiste. Et quand j’ai lu ce scénario, je savais déjà que j’étais dans la merde parce que je me suis dit « il faut absolument que je dise oui, il faut absolument que je fasse ces essais ». Et pour ne pas ni décevoir, ni manquer de respect à cette femme, et à l’équipe qui avait décidé de raconter son histoire, il a fallu que je travaille énormément. Avec une coach qui s’appelle Karine Nuris, j’ai intégré, pour la première fois de ma vie, un atelier d’acting. Ça a été très dur pour moi, presque de l’art thérapie. Je suis quelqu’un qui ne montre pas beaucoup mes émotions, la musique c’est mon seul espace de liberté émotionnelle. Et là, j’ai dû pleurer, rire, sans jamais m’imposer de limites. Ça a été à la fois très douloureux et très jouissif à la fin, quand j’ai passé le step de cette pudeur parce qu’en vérité, je suis très timide. Et après, sur le tournage, ça a été fabuleux. 

C’est un film qui raconte une histoire de l’après-guerre d’Algérie, années 70-80, et donc en terme de stylisme ? 

C’était merveilleux, je trouve que les femmes s’habillaient vraiment très, très bien. Je me rappelle que la première fois où j’ai vu le costumier Eric, il m’a dit « Désolé, on va devoir faire un retour dans le passé, ça ne va peut-être pas te plaire ». En fait, j’ai adoré. Dès qu’il me mettait une tenue, je disais « Mais j’adore, j’adore ! ».

Sur Instagram, on t’a vue de plus en plus avec un look pointu très féminin, notamment avec une très belle tenue Jacquemus, tu t’intéresses beaucoup à la mode ?

Je me suis toujours intéressée à la mode, mais pas de manière élitiste et hype telle qu’elle est proposée beaucoup dans le monde, c’est plus instinctif. J’ai vraiment un regard sur la mode qui est très nature, très sain. J’essaie simplement de me mettre en valeur. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est pouvoir proposer à des femmes qui me ressemblent, des choses qui ne doivent plus appartenir qu’aux modeuses ou à un type bien particulier de femmes. Aujourd’hui, Cardi B est égérie de Balenciaga. En France, quand est-ce qu’on va pouvoir aussi habiller des filles de moins d’1,65m, avec des culottes de cheval, des grosses fesses, des vergetures, de la cellulite, des petits bidons de quand on a eu la chance de pouvoir enfanter, sans complexe ? Porter du Jacquemus, pour moi, c’est clairement un acte de revendication parce que je fais 1,63m/62kg et que j’adore l’idée de mettre un truc qu’on ne voit que sur des tiges d’1,80m. Et de le porter en étant tout à fait moi, je trouve que c’est cool et que ça ouvre aussi un peu le domaine du possible pour autre chose.

Quel est ton rapport avec les réseaux sociaux ?

Très sain, je prends le bon comme le mauvais, dans le sens où je le prends pas en fait. C’est à dire que je ne crois pas plus à « T’es la plus belle du monde », qu’à « T’es hideuse, t’es moche, t’es grosse ». La seule chose qui compte, c’est le regard que moi, je porte sur ce que j’ai fait. Je pense avoir assez de recul sur moi-même pour me juger à ma juste valeur.

Photos réalisées avec l’aimable concours de l’hôtel Hoxton 30-32 rue du Sentier 75002 Paris.

Photographe : Laurent Clément
Styliste : Oumeih Benaicha
Marques :
ANNELISE MICHELSON : boucles d’oreille, manchette, colliers plaqué or
ANTHOLOGY PARIS : ceinture en cuir lisse noire
BARBARA BUI : pull en maille, t-shirt col rond, manteau en laine et cachemire, pantalon battle fluide, baskets en cuir, pantalon à pinces blanc
FENDI : pull oversize
GARCONS INFIDELES : t-shirt en maille
LEVI’S : jean loose
SANDRO : chemisier
SEE BY CHLOE : sac, mules