Si vous avez vu le film « Tu mérites un amour », vous avez forcément eu un coup de cœur pour le personnage d’Ali interprété par Djanis Bouzyani. Apollo Magazine a rencontré l’acteur de 27 ans pour vous le faire découvrir sous bien d’autres facettes. Entre danse, cinéma, amour des autres et des animaux, portrait d’un jeune homme attachant. 

Djanis porte un carré vert Hermès, une chemise rayée Samsoe Samsoe, un pantalon imprimé Gucci, un cabas XL en lin Maison Margiela

On va parler de votre dernier film « Tu mérites un amour » de et avec Hafsia Herzi, pouvez-vous nous raconter comment vous vous êtes rencontrés ?

On s’est rencontrés il y a plus de 10 ans je crois sur un film d’animation qui s’appelle « Le chat du rabbin » de Joann Sfar où on prêtait nos voix pour 2 rôles, elle pour Zlabya et moi pour disciple. Depuis, on ne s’est plus jamais lâchés.

Dans « Tu mérites un amour », vous jouez le personnage d’Ali, le meilleur ami de Lila. Comment expliquez-vous que ce personnage ait suscité un tel engouement auprès du public ?

Je pense qu’on aimerait tous avoir une personne comme ça dans sa vie. Qui dit les choses honnêtement mais qui les dédramatise. Quand j’ai lu le scénario, je n’avais pas tilté à quel point ce personnage était marrant, je ne l’ai réalisé que lorsqu’on était à Cannes, dans la salle de projection, en voyant les réactions des spectateurs.

PHOTO EXCLUSIVE WEB Djanis porte une veste et une chemise à fines rayures Vivienne Westwood.

Dans le film, vous chantez beaucoup et vous dansez beaucoup sur des musiques des années 80, c’est le genre de musique que vous aimez ?

Non, c’est le genre de musique que Hafsia adore ! A chaque fois qu’on est en voiture ensemble, on met la musique à fond, il fait -30°C, on a toutes les fenêtres ouvertes, à chanter à tue-tête… Personnellement, j’aime plus le jazz, j’aime beaucoup Franck Sinatra, Leonard Cohen, Maria Callas… Je trouve qu’il y a une certaine élégance qu’on ne retrouve pas dans les autres styles musicaux. 

« Il y a une certaine élégance dans le jazz qu’on ne 
retrouve pas dans les autres styles musicaux. »

« Tu mérites un amour », c’est une comédie dramatique qui renvoie une image assez désabusée de l’amour, quelle est votre image de l’amour aujourd’hui ?

L’amour a plusieurs facettes et ça dépend des moments. C’est comme tout, ça peut être génial, ça peut être néfaste et on passe par tous les états. L’idéal, ce serait de pouvoir aimer les gens de la façon dont ils veulent être aimés, c’est ça le véritable amour. C’est pour ça que je trouve que même le rôle de Rémi n’est pas horrible, peut-être juste qu’à cette période-là de sa vie, il n’avait pas l’envie ou la force nécessaire pour vivre cette relation.

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Djanis porte un pull déstructuré en maille orange Bottega Veneta.

Mais le personnage de Lila donne l’impression de ne pas s’aimer assez pour se faire respecter et aimer par les hommes…

Mais on est beaucoup à être comme ça, à une période de notre vie à être dans le doute, c’est ce qui fait qu’après on évolue, on devient plus fort et on apprend. C’est en passant par ces moments-là qu’on se dit « ok ça je l’ai vécu, plus jamais ! ». Et petit à petit, elle apprend à s’aimer puisqu’elle prend l’initiative d’aller vers d’autres hommes, de faire ses expériences, je trouve que c’est courageux et c’est un portrait courageux de femme au cinéma.

Djanis porte une veste marron glacé Rochas, une chemise grand-père imprimée Fendi, un short en brocart Sean Suen et des mocassins en cuir J.M. Weston.

Dans ce film, on a le personnage de Charlie, qui est interprété par Anthony Bajon, vous êtes devenus amis sur ce tournage ?

Oui, on est comme des frères, on s’appelle ou on s’écrit tous les jours, on espère se retrouver bientôt sur un tournage.

Pour votre rôle dans « Tu mérites un amour », vous étiez préselectionné pour les César dans la catégorie « meilleur espoir masculin » et finalement, le 29 janvier, le film n’est pas du tout ressorti. Pas trop déçu ?

Honnêtement, pas du tout. On me l’a annoncé à 10h15 ; à 10h16, ma tête était déjà ailleurs. Je me suis juste dit « c’est cool, c’est quoi la suite ? ». Et puis, Anthony Bajon est sélectionné pour « Au nom de la terre », donc je le soutiens !

Djanis porte un pull déstructuré en maille orange Bottega Veneta.

Quel est votre genre de films ?

J’aime beaucoup les films des années 30-40, l’âge d’or hollywoodien, même 50-60, plutôt des films américains ou italiens ou nouvelle vague française.

Hafsia dit de vous « c’est un acteur né » mais vous avez commencé par être danseur, pouvez-vous nous parler du début de votre carrière ?

Ça s’est fait un peu par hasard. Comme j’ai arrêté l’école très tôt, en 5ème, j’ai dû être encadré par des éducateurs spécialisés géniaux, qui m’ont inscrit entre autres à la danse et au tennis. Très vite, j’ai compris que les études, ce n’était pas pour moi et que la danse, pouvait être un moyen de gagner sa vie, moins dur que beaucoup de métiers. Pour moi, ça a été plus par instinct que par passion. Et je trouve que c’est encourageant pour les autres. Pour moi, la fibre artistique, on ne nait pas avec, on peut la créer. Quel que soit le milieu et la situation, on peut éduquer les gens à une forme de beauté, une forme d’art et ça peut être une bulle qui arrange beaucoup de problèmes.

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Djanis porte un blouson Hermès, une chemise rayée Lanvin, un short déstructuré Maison Margiela et des mocassins J.M. Weston.

« Pour moi, la fibre artistique, on ne nait pas avec, on peut la créer. »

Pourquoi êtes-vous parti à Los Angeles ?

Un jour j’ai vu un film et l’héroïne du film avait vécu un truc incroyable à Los Angeles, et j’étais un peu fou et insouciant et je me suis dit « Ah je vais vivre ça ! » et je suis parti. J’allais le matin à l’école de danse de Debbie Reynolds – qui était une actrice de « Singing in the rain » – et le soir, je bossais dans différents clubs en tant que danseur.

J’ai entendu dire que vous aimiez bien les films de Marilyn Monroe ?

Entre autres, oui. J’aime beaucoup, après ça dépend des périodes de ma vie aussi, il y a des périodes où j’y reviens, d’autres où j’en ai moins envie. C’est amusant, tout à l’heure j’étais avec Clotilde Coureau, elle me disait « on m’a demandé qui j’aimais et j’ai répondu Marilyn Monroe »


Djanis porte un trench oversize à carreaux Wooyoungmi, un costume chocolat Maison Margiela et des mocassins brique J.M. Weston.

Clotilde Coureau avec qui vous aviez travaillé au Crazy Horse quand vous faisiez la direction artistique…

Oui, je l’aime trop… Elle est tellement vraie, tellement simple, tellement droite et ça, ça fait beaucoup de bien !

Mais vous devenez ami avec tous les gens avec qui vous travaillez ?

Dernièrement, ça m’a fait un petit peu peur parce qu’il y a eu beaucoup d’engouement autour de moi et je me suis lié avec plein de nouvelles personnes, j’en arrivais à être gêné à un moment, je me demandais si mes vrais amis n’allaient pas penser que je me disperse. Par exemple, je suis allé à un festival à Saint-Jean-de-Luz (NDLR : Festival International du Film) où il y avait l’actrice Zita Hanrot et on est devenus super proches. Après je me suis dit que je n’avais pas besoin de psychoter, le cœur est assez grand pour aimer plein de monde.

« Le coeur est assez grand pour aimer plein de monde. »

Pour en revenir au Crazy Horse, vous y avez été chorégraphe, ça vous a donné l’occasion de rencontrer des femmes spectaculaires, Clotilde Coureau donc, mais aussi Noémie Lenoir et Dita Von Teese…

Oui, j’ai eu cette chance de travailler avec Ali Mahdavi, avec Philippe Decouflé et c’était génial !

Djanis porte une chemise en soie Gucci, un collier Rochas et un sac Glam Sam Maison Margiela.
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Djanis porte une veste de smoking en velours bleu Vivienne Westwood, une chemise en soie Dries Van Noten, un short en cuir Bottega Veneta et des mocassins Louboutin.

Avec Dita Von Teese, vous avez écrit le scénario et joué dans un court-métrage qui s’appelle « Forbidden Love », de quoi ça parle ?

C’est un film magnifique, mais un peu dark. Il parle d’une actrice héroïnomane qui a perdu son enfant et qui fait un transfert sur son dealer car, si son enfant n’était pas mort, il aurait le même âge. Il y a un rapport un peu incestueux mais c’est un film très artistique. Elle est incroyable dedans.

Aujourd’hui, nous nous rencontrons chez vous, vous avez deux chats, « César » et « Oscar », pourquoi ces noms ?

A la base, je voulais « Carry » et « Grant », j’ai essayé ça pendant quelques jours mais ça ne marchait pas trop. C’est une amie qui m’a donné l’idée de « César » et « Oscar ».

Djanis porte un blouson de marqueterie de cuir, une chemise et un short de bain imprimé, le tout Fendi.

Et « Oscar », ça ne vous donnerait pas des envies de cinéma américain ?

Non. Je ne me projette jamais pour les choses de travail, surtout dans notre milieu, ça ne dépend tellement pas de nous, je n’ai pas envie de créer des besoins. Tout ce que j’aurai, ce sera super bien, je le sais et ce que je n’ai pas, je n’y penserai même pas vu que je ne l’ai pas souhaité. Je n’ai pas de déception dans ce métier, je ne le considère pas comme vital, c’est comme pour les César, je n’ai pas été déçu une seconde. Ça m’a juste motivé à travailler plus pour l’avoir la prochaine fois !

L’année dernière, vous avez tourné dans un film qui s’appelle « Madame Claude » réalisé par Sylvie Verheyde, qui avait tourné avec vous dans « Tu mérites un amour ». Il est censé sortir en 2020, c’est bien ça ?

Aucune idée ! J’ai aussi tourné dans un autre film qui s’appelle « Soeurs » de Yamina Benguigui, avec Hafsia Herzi, Rachida Brakni, Isabelle Adjani et Maïwenn. Dans ces 2 films, j’ai été rajouté au dernier moment. Par exemple, « Soeurs », ils avaient déjà tourné 4 mois, Yamina avait vu le film et m’a demandé de venir comme « guest », je joue le neveu d’Isabelle Adjani. Pareil pour « Madame Claude », à la base il n’y avait pas de rôle de garçons qui travaillaient pour elle, et elle m’a rajouté après avoir vu le film.

PHOTO EXCLUSIVE WEB Djanis porte un mini blouson bleu Lanvin, un pull col roulé Yoxeone, une chaîne dorée Vivienne Westwood.

On a l’impression que les projets viennent naturellement à vous, que quand les gens vous voient, ils se disent « je l’imagine pour tel rôle »…

Pour l’instant, ça se passe un peu comme ça. Après, je sais qu’il y a aussi des moments où je vais chercher et que tout ne reposera pas sur ma personnalité. Mais sur ces 2 derniers projets, oui, ça s’est fait comme ça. D’un autre côté, quand on vient te chercher alors que le projet a déjà commencé, c’est flatteur et tu passes au-dessus de l’épreuve du casting, mais ça limite le rôle, parce que s’il n’était pas dans le scénario à l’origine, il ne peut pas être très important, c’est plutôt un clin d’œil.

Vous avez commencé votre carrière au cinéma il y a un peu moins de 10 ans, votre premier grand rôle c’était dans le film « L’assaut » en 2011 avec Vincent Elbaz, inspiré de la prise d’otage dans l’avion reliant Alger à Paris en 1994, vous aviez suivi un peu ce fait divers ?

Non, parce que j’avais 2 ans. Après, c’était une très belle aventure. On a pu rencontrer des vrais otages, les vraies personnes du GIGN, on a passé beaucoup de temps avec les gens qui étaient dans l’avion pendant la prise d’otage et pu découvrir les vraies sensations ressenties par les otages. Et étrangement, c’était moins horrible que cela ne paraissait, c’était très humain la manière dont ils décrivaient les terroristes. C’était même effrayant à quel point ils étaient humains. Moi, quand ils m’ont parlé de celui que j’interprétais – c’était le plus jeune des 4 terroristes – ils me disaient, « limite tu avais envie de le serrer dans tes bras. Il était inconscient, il avait une grenade et il jouait avec, il nous demandait si on allait bien… »

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Djanis porte un trench Dries Van Noten

Et la même année, vous avez joué dans le film « Toi, moi et les autres » d’Audrey Estrougo, qui est une comédie musicale. Du coup, c’est le film qui vous a permis de mettre un pied dans le cinéma grâce à la musique et la danse.

Oui, je crois que c’est mon premier rôle d’ailleurs. Audrey Estrougo, c’est une femme que j’aime beaucoup, on est restés très proches et je risque de retravailler avec elle d’ailleurs…

Etes-vous engagé pour une cause en particulier ?

Je ne suis pas encore engagé. Mais j’aimerais beaucoup trouver un moyen d’apporter l’art et la culture dans des milieux où ce n’est pas facilement accessible. Pour donner à d’autres la même chance que j’ai eue. Ça c’est très fort, parce que je pense qu’on peut éviter plein de problèmes à l’âge adulte en ouvrant les possibilités aux enfants et aux adolescents.

Djanis porte un blouson Hermès, une chemise rayée Lanvin, un short déstructuré Maison Margiela et des mocassins J.M. Weston.

Photographe : Yannick Leconte
Styliste : Arthur Mayadoux
Marques :
HERMES : carré vert, blouson
SAMSOE SAMSOE : chemise rayée
GUCCI : pantalon imprimé, chemise en soie
MAISON MARGIELA : cabas XL en lin, costume chocolat, sac Glam Sam, short déstructuré
ROCHAS : veste marron glacé, collier
FENDI : chemise grand-père imprimée, blouson de marqueterie de cuir, chemise, short de bain imprimé
SEAN SUEN : short en brocart
J.M. WESTON : mocassins en cuir, mocassins brique
WOOYOUNGMI : trench oversize à carreaux
BOTTEGA VENETA : pull déstructuré en maille orange, short en cuir
LANVIN : chemise rayée, mini blouson bleu
VIVIENNE WESTWOOD : veste et chemise à fines rayures, chaîne dorée, veste de smoking en velours bleu
YOXEONE : pull col roulé
DRIES VAN NOTEN : chemise en soie, trench
LOUBOUTIN : mocassins