L’Abeille, un roi dans la ruche

Christophe Moret est le nouveau chef de l’Abeille, le restaurant gastronomique de l’hôtel Shangri-La à Paris. Sa cuisine tutoie les cimes de l’élégance.

La tour Eiffel pavoise derrière les fenêtres du restaurant. Le jardin est tiré à quatre épingles comme le décor de l’Abeille, le théâtre culinaire de l’hôtel Shangri-La. On y joue (sans cabotiner) l’art de vivre à la française. On se délecte d’un spectacle que l’on croyait disparu. Le service sans obséquiosité est aussi onctueux qu’un velouté Dubarry. La ruche ne bourdonne pas. Elle glisse de table en table. L’air est léger comme les bulles de la cuvée Bollinger 2005. Les amuses- bouches débutent comme la sonate au Clair de Lune. Mais la suave mélancolie se dissipe quand les saveurs viennent pianoter les papilles qui préfèrent jouer une symphonie mozartienne, la 41 par exemple. Dans la cuisine de la ruche, la reine est un roi.

Christophe Moret n’a pas besoin d’afficher ses quartiers de noblesse gastronomique (Bruno Cirino, Jacques Maximin, Alain Ducasse). Les assiettes rivalisent de points d’orgue. Chacune porte le sceau de la « grande » cuisine française. Tandis que la technique tutoie les cimes, l’histoire et l’inspiration du chef guident le plat sur un sentier pavé d’élégance. Le marbré de bar de ligne dont on peine à deviner la somme de gestes méticuleux entrepris à son achèvement, se juge à cet aulne. Tout comme dans la volaille de Bresse en fricassée, avec ses asperges et ses morilles au Château Chalon, les saveurs ne se perdent pas dans d’inutiles arabesques. L’œuvre est classique et lisible. Elle parle à tous les gastronomes. C’est jouissif et reposant à une époque où la cuisine est trop souvent embarquée dans un concours Lépine de l’extravagance.

L’Abeille
10 avenue d’iéna 75116 paris
+ 33 1 53 67 19 90