New-York ne ressemble plus à la ville de Travis Bickle, le « Taxi Driver » de Scorsese. Beaucoup plus sûre, même les coyotes n’ont plus peur de s’y aventurer, la ville magnétique est devenue une des figures de proue de la révolution écologique aux Etats-Unis. Sur les rooftops, transformés en potagers urbains, on goûte au spectacle de la ville en sirotant une bière locale et en croquant un morceau de fromage au lait cru. Chic !

Travis Bickle interprété par Robert de Niro dans « Taxi driver »

« On m’a raconté que des joggers avaient croisé des biches, des coyotes et des renards dans Central Park… Les gens pensent que New-York est infernal, mais en vérité on y respire de mieux en mieux », raconte Éric Ripert, le chef du Bernardin, consacré meilleur restaurant du monde (laliste.com) à égalité avec la table de Guy Savoy à Paris. Un peu plus haut dans Manhattan, le restaurant de Thomas Keller, le Per Se, se jette dans les bras de Central Park. A la carte de l’automne, le chef multi-étoilé au guide Michelin servait un menu entièrement végétarien avec des falafels de chou-fleur. Une idée qui lui a été soufflée par une balade dans les rues de la ville où il n’est pas rare de croiser sur le pavé des choux-fleurs d’ornement.

A New-York, les légumes poussent depuis belle lurette sur les toits. A Brooklyn, de l’autre côté de l’East River, sur 6 000 ares (4 000 de moins qu’un hectare), perchés au sommet d’un des bâtiments d’un ancien chantier de navires de guerre américains, sont cultivés, comme dans une ferme à la campagne (ou presque), plusieurs tonnes de légumes chaque année.
Des laitues gorgées de chlorophylle dont on devine la feuille croquante, des fleurs d’oignons sur le point d’exploser en graines… des lupins épanouis qui flageolent à cause du
vent tiède de l’Atlantique… et les gratte-ciels de Manhattan ourlant la ligne d’horizon et
qui magnétisent le regard.

Deux abeilles butinent une fleur de tournesol dont l’orientation nous indique le Sud. De temps à autre (et sur réservation), le spectacle attire les voyageurs écolos qui viennent d’abord goûter la vue sur la skyline avant de se délecter du goût sucré des jeunes pousses de petits pois. Et si l’on se penche, on peut presque apercevoir l’autre curiosité du quartier : un vignoble tout aussi perché qui vient de livrer les flacons du premier millésime d’un vin urbain !

Comme à New-York, tout s’emballe, la plus grande ferme de la ville (et probablement du monde) va se déployer sur les toits du Javits Center, sur la rive de l’Hudson. Le gigantesque centre de conférence est l’un des piliers de ce quartier (Hudson Yards) en plein bouleversement architectural (le Shed, ouverture prévue en avril, un musée géant monté sur « roues » est l’une des nouvelles attractions promises). Selon la très respectée Audubon Society, l’organisation environnementale américaine, le toit végétalisé du Javits Center est le nouveau paradis des oiseaux et des chauves-souris à New-York ! S’inspirant de la Coulée Verte René Dumont à Paris, la High Line (dont le premier tronçon fut inauguré en 2009), empruntant le tracé d’une ancienne ligne ferroviaire surélevée (fermée en 1980), poursuit sa révolution écologique sur la rive ouest, depuis l’ancien quartier malfamé de Hell’s Kitchen jusqu’au Lower Manhattan.

Le parcours de 2,3 kilomètres, emprunté par les promeneurs et surtout les joggers, est pavé de plus de cinq cents variétés d’arbres dont des tilleuls et des liquidambars. Ce faisant, les abeilles et les oiseaux reviennent s’encanailler dans cette partie de la ville. Ce qui surprend, peut-être encore davantage le visiteur européen, est la multiplication des marchés fermiers dans la ville, véritables déclarations d’amour au bio, aux variétés anciennes de tomates, aux fromages au lait cru. C’est en 1976 que les premiers fermiers venus loin de New-York ont installé leurs étals au cœur de Manhattan. On les regardait à l’époque avec curiosité. Aujourd’hui, au plus haut de la saison, ils sont environ 140, maraîchers, boulangers, pêcheurs… à vendre leur production sur le marché de Union Square. C’est la sortie obligatoire du samedi pour un New-Yorkais, un panier au bras.

Travis Bickle, le « Taxi Driver » de Scorsese ne reconnaîtrait plus sa ville. Il y a quarante ans, New-York était « bunkerisé ». En dehors de Manhattan, circulez, il n’y avait rien à voir. Le visiteur déambulait la tête levée sur les avenues de Big Apple et s’aventurer au-delà de la 80e était à ses risques et périls. Harlem était une terre inconnue. Dans le Queens, sur la route en provenance de JFK, dans un taxi fermé à triple tour, les yeux s’arrondissaient devant le spectacle des carcasses de voiture éventrées pavant le bord des trottoirs. Ce n’était pas encore un happening artistique. On se gobergeait avec entrain des véritables burgers sur la 42e n’ayant à domicile que les premiers ersatz macdonaldiens et comme les hot dogs n’avaient que le goût de ceux de Taxi Driver, on les avalait avec l’idée qu’on avait enfin découvert l’Amérique ! 

CARNET PRATIQUE

nycgo.com Un site internet incontournable pour préparer son séjour.

flylevel.com Le coup de cœur parmi les multiples compagnies qui relient Paris à New-York. Rapport qualité-prix imbattable avec l’aller simple à partir de 250 euros au départ d’Orly (atterrissage à Newark, aéroport plus commode pour rejoindre Manhattan), petite classe premium à l’avant, siège inclinable et plateau repas, service enjoué.

theknickerbocker.com Un hôtel au cœur de Broadway, chambre spacieuse, décor épuré, élégant. On adore le rooftop pour siroter un cocktail. On s’attend à voir débarquer Spiderman à tout instant.

westhousehotelnewyork.com Time Square est un lieu infernal, sauf vu de l’une des chambres de cet hôtel, où dans le calme, derrière la fenêtre, il devient magique.

park.marmaranyc.com Un hôtel élégant un peu à l’écart de l’agitation de Grand Central Station (où l’on vient pour prendre le train et encore davantage pour se sustenter, car l’un des étages a été transformé en un gigantesque food court). Les chambres sont grandes et donnent accès à une petite terrasse d’où l’on peut admirer le spectacle des toits de la ville.