Par Aliette de Laleu

Deux ans après l’implantation de Steinway & Sons à Paris, matérialisée par un showroom de 700m2 installé boulevard Saint-Germain, le Directeur Général France de l’entreprise, Clément Caseau, revient sur la philosophie de la marque.

Rencontre avec Clément Caseau, Directeur Général de Steinway & Sons France

Directeur Steinway & Sons – Paris

Pourquoi avoir choisi d’ouvrir une filiale Steinway & Sons en propre à Paris ?
C.C L’idée était d’avoir un showroom digne de la marque dans toutes les grandes capitales culturelles du monde. Donc en 2017 on a ouvert un showroom à Paris, mais on en a aussi ouvert un à Pékin. Et le succès est là, il y avait manifestement une vraie attente de la part du public et du marché en France… On a aussi multiplié les contacts avec les artistes, les professionnels du milieu de la musique, cela crée une vraie dynamique sur le marché français.

Comment expliquez-vous la réussite de l’entreprise face à la concurrence ?
C.C L’entreprise est restée fidèle à la philosophie de vie initiée par le père fondateur, Henry Steinway, qui était de construire le meilleur piano possible. Dans cette devise, tout était dit : notre objectif est d’améliorer ce qui est déjà excellent, donc c’est un processus qui évolue en permanence et il n’y a pas de compromis… On utilise les meilleurs matériaux, avec des brevets qui sont bons, cohérents, et entrent dans un système, une logique. Ensuite, il y a la main d’oeuvre : on a des employés très qualifiés, passionnés et surtout qui restent très longtemps dans l’entreprise. Plus de la moitié des employés sont chez Steinway & Sons depuis plus de 25 ans. Ce savoir-faire transmis de générations en générations est quelque chose que l’on ne peut pas créer du jour au lendemain. Ce qui évolue, c’est l’utilisation des nouvelles technologies dans vos derniers modèles, comme le piano Spirio… L’idée d’origine avec le Spirio, c’était de permettre à des personnes d’avoir les plus grands artistes chez eux, dans leur salon. Vous avez donc un système qui active le piano, piloté par un iPad et, sur une application, vous choisissez parmi une grande base de données l’artiste puis les morceaux ou vidéos que vous voulez faire jouer au piano.

Comment faites-vous pour que l’interprétation de l’artiste soit respectée avec ce système ?
C.C On fait venir les artistes dans nos studios d’enregistrement situés dans les ateliers de New-York et Hambourg. A ce moment-là, on fait un enregistrement, sauf qu’au lieu d’enregistrer le son avec des micros, on enregistre le toucher, grâce à un système de capteurs.

Vous êtes vous-même pianiste ?
C.C Oui, et tout le monde dans mon équipe à Paris est pianiste. Pour moi c’est un impératif, une condition sine qua non. Notre clientèle est constituée de professionnels ou de passionnés donc si on ne partage pas cette passion-là, c’est compliqué. Et puis quand on est pianiste, pouvoir travailler chez Steinway c’est un peu le Graal et un vrai privilège.

Steinway & Sons : histoire d’un succès

L’excellence des pianos Steinway & Sons vient en grande partie de l’histoire de cette entreprise créée il y a 166 ans. Un siècle et demi plus tard, le savoir-faire n’a pas changé, juste évolué pour fabriquer des instruments haut de gamme.

Comme son nom l’indique, la marque de piano Steinway & Sons s’est bâtie sur une histoire familiale. En 1850, l’Allemand Heinrich Engelhard Steinweg quitte son pays pour s’installer aux Etats-Unis. Avec ses trois fils, ils intègrent l’usine de manufacture de piano Bacon et Raven puis, forts de leur savoir-faire, décident de fonder leur propre marque : Steinway & Sons, à New York. L’aventure débute avec un premier brevet déposé en 1857. Depuis, l’entreprise en compte 135.

Si 90% des salles de concerts, les plus grands artistes, tous genres confondus, et les conservatoires se dotent de pianos Steinway, c’est pour cette fabrication légendaire, inchangée depuis ses débuts, et qui se fait encore à 80% à la main par des artisans spécialisés. Il faut d’ailleurs compter plusieurs années pour la fabrication d’un piano : environ deux ans pour que le bois sèche (ébène, tilleul ou érable) et un an pour que toutes les pièces de l’instrument (jusqu’à 12 000 pour un piano de concert) soient assemblées.

Aujourd’hui, il n’existe que deux manufactures Steinway & Sons dans le monde, à New-York et à Hambourg. Côté européen, l’aventure décolle grâce à l’exposition universelle de 1867, à Paris, où la marque américaine remporte la très convoitée médaille d’or. Mais pourquoi un tel succès ? Outre la fabrication artisanale, banale à l’époque, Steinway possède une capacité d’innovation. En 1859 par exemple, la marque dépose un brevet pour développer un nouveau système de disposition des cordes dans le grave : au lieu d’être parallèles, elles se croisent, ce qui favorise la résonance du piano.

A l’époque, ces avancées font figure de prouesses, mais aujourd’hui, la concurrence est rude… Steinway & Sons se positionne donc sur le marché du luxe et sur les nouvelles technologies, comme avec l’un des derniers modèles, Spirio, un piano qui joue tout seul à la manière des plus grands pianistes (morts ou vivants), pour la modique somme de 125 000 euros.

La playlist classique et jazz des artistes Steinway

LES PETITS FRENCHY

Parmi les quelques 2 000 artistes Steinway se cachent des pianistes français d’exception. A travers ces cinq personnalités, découvrez les morceaux classique, jazz ou contemporain qu’il faut écouter pour apprécier le piano dans toutes ses nuances et possibilités.

Anne Queffélec
Avec la pianiste Anne Queffélec, c’est l’assurance de plonger dans une musique intime, douce, mais non moins virtuose. Parmi sa discographie, les compositeurs français occupent une place importante mais pas exhaustive puisqu’elle a aussi joué des oeuvres de Mozart qui figurent notamment dans la bande originale du film Amadeus de Milos Forman.
Trois oeuvres à écouter ?
➧ Trois gymnopédies d’Erik Satie
➧ Six études d’exécution transcendante d’après Paganini de Franz Liszt
➧ Danse lente de César Franck

Simon Ghraichy
Franco-libano-mexicain, Simon Ghraichy mêle dans son répertoire ses origines, ce qui donne un joyeux mélange d’oeuvres de compositeurs du monde entier. Souvent surnommé “rock star” du piano par rapport à son look, il fait en effet partie des jeunes pianistes classiques qui brisent les codes d’un milieu souvent très sage.
Trois oeuvres à écouter ?
➧ Danzon 2 (transcription pour piano) d’Arturo Marquez
➧ Humoreske op.20 “Einfach” de Robert Schumann
➧ Transcription au piano de l’allegro de la 7e symphonie de Ludwig Van Beethoven

Célimène Daudet
Née en France, Célimène Daudet reste très attachée au pays dont est originaire sa mère : Haïti. Elle y a fondé un festival de piano annuel et s’y rend régulièrement en plus de sa carrière de pianiste soliste qu’elle mène en France et dans le monde.
Trois oeuvres à écouter ?
➧ L’art de la fugue de Bach
➧ Trois romances pour violon et piano de Clara Schumann
➧ Plainte calme, extrait des Huit préludes d’Olivier Messiaen

Claire-Marie Leguay
Pianiste confirmée dans le paysage musical français et international, Claire-Marie Leguay aime transmettre la musique, que ce soit au piano comme avec les mots. Elle propose des concerts commentés, continue d’enseigner et elle a écrit en 2018 un livre autobiographique, « La vie est plus belle en musique », qui raconte sa vie et l’émotion que lui procure certaines oeuvres.
Trois oeuvres à écouter ?
➧ Sérénade, extrait du Chant du cygne de Franz Schubert
➧ Valse-scherzo opus 7 de Piotr Ilitch Tchaïkovski
➧ Sonate n°59 en mi bémol majeur de Joseph Haydn

Thomas Enhco
Jeune pianiste, Thomas Enhco n’a jamais choisi son camp entre le jazz et le classique. Mêlant tous les répertoires, le musicien s’illustre aussi dans l’art de l’improvisation et met en lumière ses propres compositions qu’il a débuté très tôt avec un premier album qu’il compose et enregistre à l’âge de 15 ans…
Trois oeuvres à écouter ?
➧ Improvisation sur Orphée et Eurydice de Christoph Willibald Gluck
➧ L’Aquarium du Carnaval des animaux de Camille Saint Saëns (en improvisation avec la percussionniste Vassilena Serafimova)
➧ Dreaming de Thomas Enhco

LES GRANDES STARS

La marque Steinway a conquis le coeur des plus grands pianistes du monde entier… Parmi la longue liste des adeptes, on y retrouve des artistes jazz comme des pianistes classiques super stars dont les noms ne passent pas inaperçu.

Martha Argerich
Pianiste argentine naturalisée suisse, Martha Argerich se dresse au panthéon des artistes les plus admirés de sa génération. Ses récitals font salle comble, ses enregistrements sont devenus des références pour certaines oeuvres, et sa personnalité fascine autant qu’elle intrigue, tant Martha Argerich se tient éloignée du star system et du monde médiatique.
Trois oeuvres à écouter ?
➧ Etude op.10 n°1 de Frédéric Chopin
➧ Le concerto pour piano en sol de Maurice Ravel
➧ Sonate en ré mineur K.141 de Domenico Scarlatti

Yuja Wang

Yuja Wang
La pétillante et virtuose pianiste chinoise Yuja Wang suscite l’engouement à chacun de ses concerts. Douée d’une technique pianistique redoutable, la musicienne s’attaque à des répertoires difficiles, exigeants, le tout avec une vision artistique irréprochable, ce qui donne une artiste complète et admirée.
Trois oeuvres à écouter ?
➧ Concerto pour piano n°3 de Sergueï Rachmaninov
➧ La Marche turque dans sa version arrangée par Arcadi Volodos de Wolfgang Amadeus Mozart
➧ Etudes pour piano n°9 dite Vertige de Gyorgy Ligeti

Lang Lang
La marque Steinway a vite repéré le potentiel du pianiste chinois Lang Lang il y a une quinzaine d’années. Depuis, leur collaboration a donné la fabrication d’un piano, en 2019, le Black Diamond, imaginé pour le musicien virtuose, un instrument de luxe qui a mis quatre ans pour être pensé et fabriqué.
Trois oeuvres à écouter ?
➧ The Departure de Max Richter
➧ Spinning song extrait des Lieder ohne Worte de Felix Mendelssohn
➧ The Maiden’s prayer de Tekla Bądarzewska

Lang Lang

Bruce Brubaker
Même si son nom ne figure pas parmi les artistes classiques les plus connus, le pianiste américain Bruce Brubaker cumule des centaines de millions d’écoutes sur les plateformes musicales en ligne… Grâce à son jeu, mais surtout grâce au répertoire qu’il interprète : des musiques minimalistes, parfaites pour se concentrer, méditer, travailler…
Trois oeuvres à écouter ?
➧ Mad Rush de Philip Glass
➧ Paris de Meredith Monk
➧ Keybord Study 2 de Terry Riley

Ahmad Jamal
S’il y a un nom associé au piano et au jazz, ce serait celui du compositeur américain Ahmad Jamal… Maître de l’improvisation, le pianiste s’inspire autant des grandes personnalités du jazz du XXe siècle que des compositeurs classiques, ce qui enrichit considérablement son style à travers des belles harmonies et un phrasé inimitable.
Trois oeuvres à écouter ?
➧ Marseille (instrumental) d’Ahmad Jamal
➧ I didn’t know what time it was d’Ahmad Jamal
➧ It’s easy to remember d’Ahmad Jamal